Prévention, diversification des cultures et déstockage des graines : les leviers pour maîtriser durablement le datura stramoine

Le Datura stramonium, communément appelé datura stramoine, est une adventice annuelle particulièrement problématique dans les systèmes agricoles comportant une proportion importante de cultures de printemps et d’été. Sa présence est préoccupante à la fois pour la concurrence qu’elle exerce vis-à-vis des cultures et surtout pour la toxicité de la plante et de ses graines, qui peuvent contaminer certaines récoltes destinées à l’alimentation humaine ou animale (maïs grain, fourrage, légumes, prairies, sarrasin …).

La gestion du datura doit donc reposer avant tout sur une stratégie préventive visant à éviter la production de nouvelles graines, puis à réduire progressivement le stock semencier du sol. Cette stratégie est d’autant plus importante que le datura présente des levées échelonnées au cours de la saison et que ses graines peuvent persister plusieurs dizaines années dans le sol. Une intervention unique sur une campagne est par conséquent rarement suffisante.

L’objectif n’est pas seulement de détruire les plantes visibles dans la culture, mais de raisonner la gestion sur plusieurs années en combinant rotation des cultures, gestion de l’interculture, travail du sol, surveillance et prévention de la dissémination.

Télécharger la note d’information

1.PREVENTION : LE PREMIER LEVIER DE LUTTE

La prévention constitue le moyen le plus simple, efficace et le moins coûteux de limiter l’installation du datura. Lorsqu’un pied est découvert dans une parcelle encore peu infestée, il est essentiel d’intervenir rapidement afin qu’il ne produise pas de graines sachant qu’une plante de datura peut produire plus de 5 000 graines.

Dispersion de graines de Datura stramoine © FREDON Bretagne 

Le datura doit être arraché avant la formation et la maturation des capsules. Il est important de visiter en priorité dans les parcelles les zones suivantes :

  • les bordures de parcelles ;
  • les zones peu couvertes par la culture (zones de dégâts de gibiers, ravageurs … avec peu de maïs) ;
  • les emplacements où le travail du sol ou la récolte peuvent favoriser son installation.

Les plantes arrachées doivent être retirées de la parcelle afin d’éviter tout risque de repiquage ou de production ultérieure de graines. La manipulation doit être réalisée avec des protections adaptées, notamment des gants, compte tenu de la toxicité de la plante. Ne pas brûler les plantes soi-même, la fumée est très toxique.

La dissémination par le matériel agricole constitue également un point critique. Les graines peuvent être transportées par les outils de travail du sol et surtout par les machines de récolte. Dans une exploitation comportant des parcelles infestées, il est donc recommandé de nettoyer soigneusement le matériel avant de passer dans une parcelle indemne. Lorsque l’organisation du chantier le permet, les parcelles les plus infestées doivent être récoltées en dernier. Cette approche est particulièrement importante car une contamination ponctuelle peut progressivement devenir une infestation généralisée à l’échelle de l’exploitation.

Forte prolifération de datura stramoine dans une parcelle agricole © FREDON Bretagne 

 2.LA ROTATION DES CULTURES : CASSER LE CYCLE DU DATURA

La diversification de la rotation constitue l’un des principaux leviers agronomiques. Le datura est une adventice essentiellement associée aux cultures de printemps et d’été. Alterner ces cultures avec des cultures d’hiver permet donc de perturber son cycle biologique.

Une rotation composée d’une succession de cultures estivales crée en effet des conditions favorables au développement du datura pendant plusieurs années consécutives. À l’inverse, l’introduction de céréales d’hiver ou d’autres cultures implantées à l’automne comme le colza permet de réduire les possibilités de développement de l’adventice. Les cultures d’hiver couvrent le sol durant une partie importante de la période favorable au datura et permettent ensuite de disposer d’une interculture estivale pendant laquelle les graines présentes dans les premiers centimètres du sol peuvent être stimulées puis détruites.

La rotation doit donc chercher à alterner les périodes d’implantation des cultures. Dans une parcelle infestée, plusieurs années de cultures d’hiver peuvent être particulièrement intéressantes, lorsque cela est compatible agronomiquement et avec les contraintes de l’exploitation.

La rotation ne doit toutefois pas être considérée comme une solution instantanée. Les graines déjà présentes dans le sol peuvent rester viables pendant une longue période, plus de 40 ans. La diversification permet surtout d’empêcher le renouvellement du stock semencier et de créer des périodes favorables à son déstockage.

3.GESTION DU SOL : PRIVILÉGIER LE DESTOCKAGE PLUTÔT QUE L’ENFOUISSEMENT

Le travail du sol doit être raisonné avec une attention particulière lorsque le datura est présent. Le labour systématique n’est pas la meilleure stratégie. L’enfouissement des graines peut réduire temporairement leur capacité à germer, mais il peut aussi les conserver dans le sol. Un labour ultérieur risque de les ramener vers la surface et de recréer des conditions favorables à leur germination. Dans les situations de première infestation ou lorsque la population reste maîtrisable, on recommande donc de privilégier une stratégie de déstockage superficiel plutôt que de rechercher systématiquement l’enfouissement des graines.

L’objectif est de faire lever les graines présentes dans les premiers centimètres du sol puis de détruire les jeunes plantules, avant qu’elles ne puissent produire de nouvelles graines. Cette stratégie peut notamment être mise en oeuvre après une culture d’hiver, pendant l’interculture estivale.

4. DÉCHAUMAGE ET FAUX-SEMIS : FAVORISER LES LEVÉES PUIS LES DÉTRUIRE

Le déchaumage superficiel constitue un levier pour provoquer la germination d’une partie des graines de datura présentes à faible profondeur. Après une culture d’hiver, plusieurs passages peuvent être envisagés pendant l’été lorsque les conditions d’humidité sont favorables. Les passages successifs doivent rester superficiels afin d’éviter de remonter continuellement de nouvelles graines depuis des horizons plus profonds.

Pour le datura, cette technique doit toutefois être considérée comme un outil de déstockage et non comme une solution unique. Les levées sont échelonnées et toutes les graines présentes dans le sol ne germeront pas au même moment. Si un faux-semis fait lever des daturas en interculture, cela n’empêchera pas d’autres levées dans le maïs si les conditions sont favorables. Un seul faux-semis ne permettra donc pas d’épuiser le stock semencier. On souligne l’intérêt de répéter les interventions lorsque les conditions climatiques le permettent.

5.UNE STRATÉGIE PLURIANNUELLE

Si le datura est présent sur l’exploitation, la gestion du Datura stramonium peut-être complexe et ne doit surtout pas reposer sur un seul levier.

La gestion doit être pensée à l’échelle de la rotation et non d’une seule campagne agricole en mobilisant le plus de leviers possibles.

Une stratégie cohérente peut être résumée ainsi :

1.Empêcher la production de graines : surveillance des parcelles et arrachage précoce des pieds.

2.Éviter la dissémination : nettoyage du matériel et attention particulière lors des récoltes.

3.Diversifier la rotation : alterner cultures d’hiver et cultures de printemps/été.

4.Introduire des cultures d’hiver dans les parcelles infestées lorsque cela est possible.

5.Profiter de l’interculture estivale pour réaliser des déchaumages superficiels et répétés.

6.Surveiller les cultures de printemps et d’été pendant toute la période de végétation.

7.Arracher les pieds échappés avant la formation des graines avec des gants.

Prolifération de datura stramoine sur une zone en travaux © FREDON Bretagne 

Communication commune :