Bulletin de santé du végétal Jardins, Espaces Végétalisés et Infrastructures (BSV JEVI)

Le BSV JEVI est destiné à fournir régulièrement aux professionnels non agricoles des informations sur la situation sanitaire des végétaux en région. Ce réseau d’alerte animé par FREDON Bretagne grâce au soutien de la DRAAF Bretagne vise à :

• Assurer une veille sanitaire en JEVI grâce à un réseau d’observateurs volontaires;

• Sensibiliser sur les espèces à risques;

• Communiquer sur les principaux organismes de quarantaine prioritaires;

• Diffuser des informations liées aux bonnes pratiques de gestion des végétaux en JEVI.

La chenille processionnaire du pin

Thaumetopoea pityocampa

Le réchauffement climatique modifie profondément la répartition de nombreuses espèces animales et végétales en Europe. Parmi elles, la chenille processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) illustre parfaitement l’impact de ces bouleversements. Cet insecte forestier, connu pour ses processions caractéristiques et ses poils urticants dangereux pour la santé humaine et animale, voit son aire de répartition s’étendre vers le nord depuis plusieurs décennies.
Si la hausse des températures hivernales explique en grande partie cette progression, des chercheurs ont récemment identifié un facteur supplémentaire : l’ensoleillement hivernal.

Une espèce en expansion sous l’effet du climat

Originaire du bassin méditerranéen, la chenille processionnaire du pin s’est adaptée à des hivers plus doux et colonise désormais de nouvelles régions d’Europe. Cette expansion géographique entraîne des risques accrus pour la santé publique, les animaux domestiques et les troupeaux, ainsi que des impacts économiques et écologiques sur les peuplements de pins.
Des chercheurs se sont appuyés sur des données historiques et des modèles de distribution d’espèces pour retracer l’évolution de la chenille et simuler son expansion future selon plusieurs scénarios climatiques. Ces travaux permettent d’affiner la compréhension des conditions environnementales qui déterminent sa survie et son développement.

L’ensoleillement : un facteur clé encore sous-estimé

L’ensoleillement : un facteur clé encore sous-estimé. L’étude, publiée dans Science of the Total Environment, confirme le rôle central des températures minimales hivernales dans la survie de l’espèce, mais met également en lumière l’importance du rayonnement solaire. L’ensoleillement hivernal contribue directement au réchauffement des nids, indispensables au bon développement des larves. À des latitudes supérieures à 55° nord, un ensoleillement insuffisant pourrait freiner la progression de l’espèce, même si les températures restent favorables. Ce facteur, longtemps négligé, apparaît désormais comme une barrière écologique naturelle essentielle à prendre en compte pour anticiper les zones à risque d’infestation.

Une expansion lente mais continue

Les chercheurs soulignent également que l’aire de répartition de la chenille n’évolue pas aussi vite que le réchauffement climatique. Cette progression limitée s’explique par la faible capacité de dispersion des femelles adultes, qui ne parcourent que de courtes distances.

Cette dynamique lente laisse donc une marge d’action pour les territoires encore épargnés, notamment grâce à des mesures de prévention telles que :

  • la surveillance et la sensibilisation du public,
  • le choix raisonné des essences forestières ou ornementales,
  • la réduction des introductions accidentelles lors de transports de végétaux.
Papillon de la chenille processionnaire du pin femelle
papillon de la chenille processionnaire du pin mâle

Papillon de la chenille processionnaire femelle à gauche et papillon de la chenille processionnaire mâle à droite. ©FREDON Bretagne

L’aménagement paysager, un levier d’action local

Les choix d’aménagements humains influencent directement la dynamique de l’espèce. Certaines essences de pins, très utilisées en ville pour leur valeur ornementale, offrent un terrain favorable à la chenille processionnaire. Adapter le choix des essences plantées dans les espaces urbains et périurbains constitue donc une mesure simple et efficace pour limiter les infestations et protéger la population.

Mieux anticiper les risques sanitaires et écologiques

Les résultats de ces recherches illustrent la complexité des interactions entre climat, habitat et espèces. Si le réchauffement des températures ouvre de nouveaux territoires à la chenille processionnaire du pin, l’ensoleillement hivernal pourrait en limiter l’expansion. Mieux comprendre ces mécanismes est essentiel pour prévoir l’évolution de cette espèce et adapter les stratégies de gestion, tant pour la santé des forêts que pour la prévention des risques sanitaires liés à ses poils urticants.

Source : FREDON France

La situation en Bretagne

Les premiers signalements de chenilles processionnaires du pin sont observés au sol depuis environ quinze jours. Plusieurs signalements sont signalés sur les communes de : Paimpol, l’ile d’Arz, Rennes, Bruz, Betton, Dinard, Martigné-Ferchaud et Mordelles. Ces signalements confirment que cette année encore, les premières descentes ont lieux avant Noël, devançant la date théorique de processions de plusieurs mois. La vigilance est de mise.

Conformément aux arrêtés préfectoraux, la surveillance des arbres à risque doit commencer. En cas d’observations vous devez signaler la présence sur le site internet dédié : https://alertespeces.fredon-bretagne.com/

Méthode de lutte : 

En cette période hivernale, les méthodes de luttes à mettre en place sont : 

  • Mise en place de nichoirs à mésange (8 à 20 nichoirs / ha sur la surface à protéger).
  • Pose et entretien des éco-pièges pour limiter les processions.
  • Echenillage des nids d’hiver (Risque de contact avec poils urticants).

Pour plus d’informations, consultez le recueil des méthodes de lutte de l’observatoire des chenilles processionnaires en cliquant ICI.

Prophylaxie et biodiversité

L’hiver est la saison idéale pour mettre en place des mesures et des actions bénéfiques pour tous jardiniers.

Au jardin ou en espaces verts, cela comprend l’élimination des végétaux malades, des feuilles mortes et des débris végétaux pouvant servir de réservoirs pour des agents pathogènes. Les outils de jardinage doivent être nettoyés et désinfectés après chaque utilisations (alcool ménager).

La sélection d’espèces adaptées aux conditions pédoclimatiques locales favorise une meilleure résistance naturelle aux maladies. Le respect des distances de plantation permet une bonne circulation de l’air, limitant ainsi le développement des maladies fongiques.

L’installation de nichoirs et d’hôtels à insectes est favorable à maintenir l’équilibre au jardin. Ces dispositifs favorisent la présence d’auxiliaires naturels, contribuant ainsi à la régulation biologique des ravageurs et à la prévention des déséquilibres
sanitaires.

Les nichoirs à oiseaux permettent d’accueillir différentes espèces insectivores telles que les mésanges, les rouges-gorges ou les moineaux. Ces oiseaux jouent un rôle majeur dans la limitation des populations de ravageurs, notamment les pucerons, chenilles et autres insectes nuisibles aux végétaux. Pour être efficaces, les nichoirs doivent être adaptés aux espèces ciblées, installés à une hauteur appropriée, orientés de manière à éviter les vents dominants et régulièrement entretenus afin de garantir de bonnes conditions sanitaires.

    Les hôtels à insectes, quant à eux, offrent des abris aux insectes auxiliaires tels que les coccinelles, les chrysopes, les abeilles solitaires ou les syrphes. Ces insectes participent activement à la lutte biologique en prédatant ou en parasitant les ravageurs, mais également à la pollinisation des plantes. L’implantation d’hôtels à insectes, dans des zones calmes et ensoleillées, favorise leur installation durable et renforce la biodiversité fonctionnelle du jardin.

    La mise en place de refuges à hérissons offre à ces mammifères un abri sécurisé pour le repos, l’hibernation et la reproduction. Ces refuges peuvent être constitués de tas  de feuilles, de bois mort ou de structures spécialement conçues, placées dans des zones calmes, ombragées et à l’abri des dérangements.

    Il se nourrit de nombreux nuisibles comme :

    • les limaces et escargots,
    • les insectes,
    • les larves et vers,
    • certains coléoptères.

    Les actualités biodiversité

    Ces documents ont été réalisés par un collège de rédacteurs, associant des membres du MNHN, des référents experts de la DGAL, des agents du BSV mais aussi des acteurs du réseau BSV de plusieurs chambres régionales d’agriculture, du CIRAD, de l’INRAE ainsi que des professionnels producteurs agricoles.

    Je souhaite recevoir le BSV JEVI dès sa sortie